Daimler remet en question le nouveau liquide de refroidissement imposé par l'UE
Des essais réalisés en été ont démontré qu’il est hautement inflammable en cas de défaillance. Bruxelles envisage de le reconsidérer.

Comme si la crise que traverse l’industrie automobile européenne ne suffisait pas, un autre conflit majeur est en train de se former en son sein, et il semble parti pour durer. Le pire, c’est que ce nouveau « feuilleton » se joue à trois : l’un des grands constructeurs allemands, une entreprise de l’industrie des équipementiers de l’autre côté de l’Atlantique et l’Union européenne, qui n’est pas non plus en manque de soucis.
Essayons de retracer l’histoire. Les législateurs de l’organisation supranationale européenne sont chargés de déterminer le type de liquide de refroidissement que doivent utiliser les constructeurs automobiles sur le continent. En janvier 2012, ils ont ordonné de remplacer progressivement l’actuel standard R134a par le nouveau HFO-1234yf afin de réduire les émissions polluantes. Ce produit, fabriqué par l’entreprise américaine Honeywell en collaboration avec son partenaire Dupont, devra être, d’ici 2017, la base des réfrigérants utilisés dans les climatiseurs qui équipent 14 millions de véhicules par an en Europe.

Passons à août 2012, lorsque les ingénieurs du groupe Daimler ont testé ce liquide de refroidissement sur une Mercedes-Benz Classe B. Pour vérifier sa sécurité dans des situations à risque, ils ont simulé une fuite du circuit qui l’achemine vers le climatiseur. Le réfrigérant s’est mélangé à l’huile du compresseur, et la substance résultant de ce mélange a imprégné le moteur 1.6 turbo qui équipait la Classe B.
Résultat ? Le liquide a pris feu dès qu’il a touché le bloc chaud, dégageant un gaz très toxique et corrosif qui a même « dévoré » le pare-brise. Une fois ce constat fait par les ingénieurs, ils l’ont notifié aux autorités européennes en septembre. Treize autres constructeurs automobiles ont tenté en octobre de vérifier par eux-mêmes le danger que représente ce réfrigérant. Mais ils n’ont pas encore communiqué s’ils ont constaté le même problème que Daimler.
Honeywell et Dupont, de leur côté, ont réagi négativement aux investigations du groupe allemand. Ils ont affirmé que les ingénieurs avaient « exagéré » les conditions des essais et qu’ils les avaient même préparés pour enflammer le liquide réfrigérant, sans se soucier de la sécurité des passagers. Daimler a démenti ces accusations et assuré que ses ingénieurs n’avaient fait qu’« un petit trou dans le circuit du réfrigérant ».
Les créateurs de la substance, outre le risque sérieux de perdre les centaines de millions de dollars investis dans les brevets du liquide, faisaient déjà l’objet d’une enquête pour violation des règles antitrust du secteur. Honeywell et Dupont détiennent actuellement le monopole de ce type de substance, déjà dénoncé par l’Association européenne des constructeurs automobiles (l’ACEA).
Mais ce qui est encore plus grave, c’est que les résultats obtenus chez Daimler remettent en cause aussi les tests de ce réfrigérant effectués par l’Union européenne. Bruxelles envisage de repousser la date limite pour que les marques l’intègrent dans leurs climatiseurs. Les commissaires européens préfèrent désormais attendre de voir ce qu’il advient des enquêtes d’autres constructeurs avant de prendre leurs décisions.
Source | Automotive News
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