Elon Musk restera-t-il à la tête de Tesla ? La réponse le 5 juin prochain

Guillermo Lopez     2 May 2018     4 min.
Elon Musk restera-t-il à la tête de Tesla ? La réponse le 5 juin prochain

Cadres en fuite, salariés exposés à des risques élevés en matière de sécurité au travail, et maintenant les actionnaires veulent que Musk quitte la direction de l’entreprise.

À peine deux ans après son arrivée dans l’entreprise, le responsable du développement du système de conduite assistée (AutoPilot – pilote automatique) de Tesla a quitté la société pour rejoindre Intel. La nouvelle n’aurait pas grande importance si le départ de Jim Keller du constructeur de véhicules électriques ne s’inscrivait pas dans la succession constante de départs qui touche Tesla depuis quelque temps.

Deux directeurs financiers, Jason Wheeler et Peter Rive (cousins de Musk) ; le président mondial des ventes et services, Jon McNeill ; l’administrateur, Eric Branderiz ; la vice-présidente finances et trésorière d’entreprise, Susan Repo ; l’ancien responsable de l’équipe de développement de l’Autopilot, Chris Lattner ; le responsable du secteur des batteries, Kurt Kelty ; le vice-président du développement commercial, Disarmuid O’Connell ; … une longue liste de départs et de défections vers d’autres entreprises ces derniers mois, qui coïncide avec « l’enfer de la production » — définition de Musk lui-même — que vivent ces dernières semaines les usines de la marque pour atteindre les niveaux de production promis aux actionnaires et qui restent encore très en deçà des objectifs exigés.

Et comme si tout cela ne suffisait pas, la cerise sur le gâteau vient d’être posée par le rapport « The Dirty Dozen », qui met en lumière les entreprises qui mettent en danger leurs salariés à cause de leurs systèmes et de leurs politiques du travail, parmi lesquelles Tesla figure en lettres d’or, au même titre que d’autres grands groupes comme Amazon. Ce rapport, établi par le National Council for Occupational Safety and Health (National COSH) des États-Unis — organisme qui veille aux droits des travailleurs dans les entreprises nord-américaines — place Tesla parmi les douze entreprises les plus dangereuses pour leurs propres salariés aux États-Unis.

Tesla subit 31 % d’accidents de plus que la moyenne de ses concurrents dans l’industrie automobile, des accidents qui, dans 83 % des cas, sont plus graves que la moyenne de ceux qui surviennent dans la main-d’œuvre des autres constructeurs du secteur automobile. Et bien que Tesla affirme avoir réduit sensiblement le nombre d’accidents ces derniers mois, plusieurs médias signalent que des enquêtes indépendantes indiquent le contraire, affirmant de surcroît que la compagnie ne communique pas sur certains d’entre eux afin d’éviter que les chiffres officiels d’accidentologie n’augmentent encore.

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que les actionnaires de l’entreprise automobile nord-américaine commencent à montrer une sérieuse inquiétude pour leurs investissements. La situation financière difficile qui menace Tesla s’ajoute aux retards répétés dans la livraison des véhicules aux clients — dont beaucoup ont payé leur voiture à l’avance, notamment les acheteurs de la Model 3 — et aux problèmes continus qui surgissent sur ses chaînes de production, où la fabrication des différents modèles reste bien en deçà de ce qui était attendu à ce stade, malgré le forcing auquel Musk soumet ses salariés, et qui a conduit Musk lui-même, à plus d’une reprise, à dormir dans l’usine pour montrer son implication personnelle dans la résolution des problèmes.

Malgré tout, les actionnaires commencent à prendre position. Ils tiendront leur assemblée générale le 5 juin prochain, et l’un des points à l’ordre du jour sera le débat sur l’adoption ou non d’une politique qui n’autorise à la présidence de la société qu’un administrateur indépendant. Si cette résolution est approuvée par l’assemblée, Musk cesserait de fait d’être le directeur de l’entreprise.

L’adoption de cette pratique dominante dans la grande majorité des entreprises des différents marchés permettrait de minimiser les risques et de protéger la société face aux éventuels problèmes de gouvernance qui pourraient survenir, bien que, dans la pratique, la motivation réelle qui sous-tend cette décision soit d’écarter Musk de la direction de Tesla pour placer à sa tête un gestionnaire professionnel et expert du secteur automobile, afin de trouver des solutions pratiques et efficaces aux problèmes de Tesla.

En tout cas, ce qui est clair, c’est qu’au moins jusqu’à présent, une bonne partie des succès de la compagnie n’auraient pas été possibles sans la figure de Musk et ses idées originales. Sans aucun doute, l’absence de la personnalité exubérante de Musk aurait empêché le succès de Tesla, de la même manière que sa présence pourrait aussi causer sa perte.

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