Conduite aux États-Unis (II)

Après une première entrée dans laquelle nous avons passé en revue les particularités de la conduite aux États-Unis, en nous concentrant sur les autoroutes et les routes, ainsi que sur la circulation urbaine, nous abordons à présent d’autres détails. Commençons par quelques particularités du marché américain.
Si les États-Unis se distinguent par quelque chose, c’est par leur immense parc automobile, avec une infinité de véhicules et de modèles. Sur leurs routes et dans leurs rues, on peut voir aussi bien d’énormes camions que toutes sortes de pick-up et de tout-terrains, en passant par des berlines de toutes sortes, quelques motos — peu nombreuses, mais parmi lesquelles les Harley-Davidson abondent —, des fourgonnettes de toutes tailles et des camping-cars, certains de grandes dimensions qui, parfois, tractent normalement une berline mais aussi un tout-terrain.

Bien que il y ait toujours une grande quantité de pick-up et de tout-terrains, les berlines de taille moyenne gagnent de plus en plus de place, comme la Ford Focus ou la Volkswagen Golf (très populaire), voire les plus petites, comme la Ford Fiesta ou la Chevrolet Sonic — Chevrolet Aveo en Europe. La Fiat 500 rencontre un grand succès depuis son arrivée aux États-Unis fin 2010.
Le marché américain se compose de quelques modèles communs avec l’Europe et de nombreux autres qui ne se trouvent que là-bas, ou dans d’autres régions du monde éloignées du vieux continent. Les trois grands constructeurs américains — General Motors, Ford et Chrysler — ne commercialisent pas certaines de leurs marques sur le marché européen. C’est le cas de Buick, GMC, Pontiac et Saturn (General Motors), Lincoln (Ford) et RAM Trucks (Chrysler). Certaines marques japonaises mènent aussi une politique similaire, comme Honda avec Acura et Toyota avec Scion, toutes deux spécialisées dans des modèles sportifs.

Une autre marque américaine absente d’Europe mais très appréciée aux États-Unis est DodgeDodge, surtout pour ses pick-up et ses berlines d’allure 100 % yankee, comme la Charger ou l’Avenger, sans oublier sa sportive Challenger, grande rivale de la Ford Mustang et de la Chevrolet Camaro. Une marque encore disponible en Europe, sur commande depuis les Pays-Bas, mais entrée dans l’histoire grâce à la saga cinématographique « Retour vers le futur », est DeLorean, qui a récemment remis en production son mythique modèle aux portes en « ailes de mouette ».
Le vaste parc de véhicules hybrides frappe, notamment en Californie, qui se vante d’être l’État le plus respectueux de l’environnement des États-Unis. Les hybrides sont nombreux, tant en volume qu’en nombre de modèles proposés, plus que en Europe. Par exemple, Chevrolet, Ford, Toyota ou Honda, entre autres, commercialisent des modèles hybrides qui, pour l’instant du moins, ne sont pas vendus sur le vieux continent.

Bien que le marché américain devienne peu à peu plus hétérogène, les chiffres de vente de l’année dernière ont de nouveau placé en tête la Ford F-Series, un pick-up de grandes dimensions. C’est l’un des trois pick-up figurant parmi les dix véhicules les plus vendus, avec la Chevrolet Silverado (2e) et toutes les versions du RAM (7e). Le classement est complété par cinq berlines japonaises — Toyota Camry (3e), Honda Accord (4e), Honda Civic (5e), Nissan Altima (6e) et Toyota Corolla (8e) — et deux tout-terrains moyens — Honda CR-V (9e) et Ford Escape (10e). Ces deux derniers modèles se vendent en Europe, l’Escape sous la dénomination Kuga. Il se trouve que la Honda Accord et la Honda Civic destinées aux États-Unis ne sont pas identiques aux modèles européens, bien que leur nom soit le même.
Autre particularité du parc automobile américain : la profusion de modèles anciens, dont beaucoup sont bien conservés. Il n’est pas rare de croiser des modèles des années 50, 60 et 70. Pour l’amateur, c’est une véritable fête pour les sens, surtout pour la vue et, bien souvent, pour l’ouïe — comme ils sonnent bien, ces moteurs à six et huit cylindres !
Radars et sanctions

Après ce tour d’horizon du marché, poursuivons avec d’autres particularités de l’univers automobile américain. Le conducteur européen ne manquera pas d’être surpris par la profusion de panneaux signalant une vitesse contrôlée par radar. Parfois même par avion (« Speed limit enforced by aircraft »). En revanche, il est très difficile de rencontrer un radar fixe. D’ailleurs, ces dernières années, ceux qui existaient disparaissent des routes et des villes.
Ainsi, ne subsistent plus que les radars mobiles, généralement des pistolets laser utilisés par les agents de la circulation, appartenant au corps de la « Highway Patrol », « State Patrol » ou « State Police », selon l’État. Il existe en revanche de nombreuses caméras aux feux de signalisation dans les villes, qui détectent les franchissements au rouge et sanctionnent automatiquement grâce à des lecteurs de plaques d’immatriculation.

Une caractéristique du code de la route américain est que les amendes pour non-respect des règles peuvent être très élevées, plus que pour excès de vitesse — le coût moyen est de 150 $, soit environ 110 € — pour des faits comme jeter des déchets depuis la voiture ou brûler un feu rouge. Dans certains cas, elles dépassent 300 $ (225 €), voire 600 ou 1 000 $ — soit respectivement 450 et 750 €. L’une des infractions les plus sévèrement poursuivies est le blocage des intersections. C’est pourquoi pratiquement tous les conducteurs n’avancent que lorsqu’ils s’assurent de ne pas rester coincés au milieu d’un carrefour, même s’ils ont la priorité ou le feu vert.
La présence des agents de police sur les autoroutes américaines est plus importante que celle des membres du Groupe de la circulation de la Garde civile, ou du moins c’est l’impression que l’on a en voyageant. Cela fait que beaucoup de conducteurs roulent en surveillant de près les bords de la route. Et il n’est pas rare de voir une voiture de police et un agent — qui patrouillent généralement seuls — ayant arrêté un autre véhicule.

Si un policier vous demande de vous arrêter, il faut suivre une série de consignes pour que la situation se règle sans problème. La première étape consiste à se ranger du côté droit de la route, vers l’accotement, dès que possible et en toute sécurité, puis à allumer les feux de détresse et à attendre que l’agent vienne jusqu’à la voiture. En général, après avoir vérifié que tous les documents sont en règle, il vous laissera repartir sans difficulté.
Carburant et ravitaillement
Une autre grande particularité pour les Européens qui prennent le volant de n’importe quel véhicule aux États-Unis concerne tout ce qui touche au carburant et au ravitaillement. L’unité de mesure est le gallon, qui équivaut à 3,78 litres. Elle est utilisée non seulement aux États-Unis mais aussi dans certains pays d’Amérique latine. Ainsi, dans les stations-service américaines, le prix des carburants est affiché en dollars par gallon. Actuellement, l’essence, disponible en trois indices d’octane différents (87, 89 et 93), oscille en moyenne entre 3,50 et 4,00 dollars le gallon, soit entre 0,75 et 0,85 euro le litre, bien moins cher qu’en Espagne.

Le diesel est un peu plus cher, mais sans atteindre de loin les prix espagnols. Dans de nombreuses stations-service, il n’y a pas de gazole, car le parc de véhicules diesel reste très réduit. Une caractéristique des stations-service américaines est que, grâce à la libre concurrence, les prix varient beaucoup de l’une à l’autre, même au sein d’un même village ou d’une même ville.
Pratiquement toutes les stations acceptent le paiement par carte, mais dans certaines il est impossible de régler le carburant par carte de crédit. Parfois, les cartes de débit étrangères sont reconnues par les terminaux de paiement comme des cartes de crédit, ce qui empêche le paiement. C’est pourquoi il est conseillé d’avoir de l’argent liquide. De plus, dans certaines stations, on obtient quelques centimes de réduction en payant ainsi plutôt qu’avec une carte.

Le ravitaillement se fait généralement en prépaiement : on règle d’abord le montant souhaité, en caisse ou aux bornes en libre-service, puis on remplit le réservoir. Si l’on souhaite faire le plein, il faut calculer combien de carburant il va entrer, payer et remplir. Le trop-perçu vous est rendu sur votre carte de crédit ou en espèces, selon le mode de paiement choisi. Le système consistant à laisser un document au responsable de la station, à faire le plein puis à régler le montant indiqué par la pompe, comme en Espagne, n’existe pas.
Lorsque l’on voyage, il faut anticiper dans les zones les moins peuplées. Par exemple, si l’on choisit de traverser des régions désertiques, la densité de stations-service que l’on trouve presque partout sur le réseau routier américain n’est plus la même, et il faut faire le plein chaque fois que l’on peut, pour éviter les problèmes. Parfois, les propriétaires de stations qui savent que la leur est la seule, ou l’une des rares, sur de nombreux kilomètres à la ronde augmentent sensiblement leurs prix. Par exemple, dans les rares stations-service du parc national de Yosemite ou dans la portion la moins peuplée de la Highway 15 qui relie Los Angeles à Las Vegas, les prix des carburants sont nettement plus élevés.

Au moment du plein, on apprécie que pratiquement tous les pistolets soient équipés du système de « clic » qui bloque le mécanisme permettant au carburant de sortir de la pompe, ce qui n’existe généralement pas en Espagne ou ne fonctionne pas. L’extrémité du pistolet est dotée d’un soufflet en plastique qui crée une étanchéité avec le goulot du réservoir et empêche le carburant de déborder.
Autres curiosités
Nous terminons ce dossier sur la conduite aux États-Unis par une série de petits détails qui, du moins pour moi, ont retenu mon attention pendant mon séjour et mes trajets sur leurs routes. Par exemple, dans certains États, il est interdit de fumer à l’intérieur d’un véhicule lorsqu’on transporte des enfants en dessous d’un certain âge, généralement 18 ans, même si ce sont leurs parents qui les conduisent ; il est possible de rouler à moto sans casque, également dans certains États ; ou encore il est interdit de transporter des boissons alcoolisées dans un véhicule, sauf si le récipient est plein, scellé et non ouvert. Soit dit en passant, les taux d’alcoolémie autorisés pour les conducteurs sont plus bas qu’en Espagne.

Il est également frappant de voir des adolescents de 16 ans au volant, âge légal pour conduire aux États-Unis, surtout ceux qui ont encore l’air d’enfants, ou que certains véhicules du service postal — « United States Postal Service » (USPS) — ont le volant à droite. Un autre mythe cinématographique se confirme : celui de la livraison de pizzas à domicile en voiture, et non à moto comme on en a l’habitude en Espagne.
Tout aussi curieux, même si cela l’est moins dans un monde où internet et le cinéma nous rapprochent de réalités très lointaines, est le modèle de service au volant des restaurants de restauration rapide (« fast food ») qui servent les clients sans qu’ils aient à descendre de voiture. Ce modèle s’est étendu à d’autres établissements, pas seulement de restauration, comme par exemple les banques. Il est possible d’aller au distributeur et d’effectuer n’importe quelle opération directement depuis la voiture. Une voiture qui, généralement, signale par un bip sonore qu’elle est bien verrouillée. En Europe, nous ne sommes pas habitués à ce que, lorsque l’on appuie sur la télécommande pour verrouiller la voiture, celle-ci fasse retentir son klaxon. C’est une façon de vérifier que la voiture est bien fermée. Et oui, au début, cela surprend et, parfois, effraie légèrement.

Après cette expérience aux États-Unis, une chose est claire : l’amoureux de l’automobile dispose de mille et une raisons de tenir ses cinq sens en éveil et de profiter. Là-bas, tout ce qui concerne la conduite est une véritable sensation, presque toujours très gratifiante.
Photos | Jaime Arruz
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